Liliane Fauriac

Liliane Fauriac, auteur

lilianeecrivante.blogspot.fr

PRESENTATION  TOMBEE  DANS  LES  ETOILES

 

 

LE TITRE

 

Partir pour Compostelle a été la concrétisation d’un rêve qui est né de mon amour de la marche solitaire, de l’itinérance  et d’une recherche de spiritualité.

Avant 2005, je n’avais pas songé à faire ce pèlerinage. Des concours de circonstances que je reconnais comme autant de signes, m’ont amenée à prendre le départ.

A partir du jour ( le 13 octobre 2006 ) où j’ai décidé de me préparer à prendre le chemin, je n’ai cessé de lire des témoignages, des études historiques, des documents et me suis mise à idéaliser non seulement le cheminement , l’ambiance que l’on nomme « l’esprit du chemin », la beauté des sites, mais surtout une arrivée triomphale à Saint-Jacques de Compostelle, dans une allégresse totale, comme les pèlerins du Moyen-âge. Je refusais de regarder des images de la cathédrale, pour préserver l’éblouissement. Mais je fantasmais complètement sur ce site fabuleux, une cathédrale rutilante,  ses orgues, son encensoir géant, et sur cette fin des terres  Finisterre, cette extrémité de l’Europe où les pèlerins de jadis venaient brûler leurs effets au terme de leur voyage aller et avant de  prendre le chemin du retour.

Quand Alexandre a décidé de partir avec moi, j’ai également idéalisé notre complicité, notre cheminement sur la même longueur d’ondes : ensemble dans le même but, avec les mêmes attentes, les mêmes attitudes par rapport aux faits, aux rencontres, aux lieux. Et l’harmonie qui a dominé n’a pas toujours été présente, ce qui n’a pas toujours été de mon fait. Nous n’étions pas toujours au diapason, surtout quand d’autres personnes nous rejoignaient et perturbaient notre recherche. Il m’est arrivé de regretter de ne pas être partie seule mais jusqu’au bout nous nous sommes épaulés et émerveillés de cette évidence de continuer ensemble.

Au cours de ce chemin, j’ai trouvé affichée dans un gîte, l’expression exacte de ce fantasme. C’est une phrase de Les Brown, conférencier et écrivain américain :« Visez toujours la lune. Même si vous la manquez, vous atterrirez parmi les étoiles », adaptée  ainsi : « dans tes rêves les plus fous, n’hésite pas à viser la lune. Si tu la rates, tu tomberas dans les étoiles. »

En marchant vers Compostelle, je visais la lune. Ce pèlerinage et son aboutissement c’était ce chemin magique, ce lieu tellement lointain à 1700 km, qu’il me semblait aussi inaccessible que la lune. Et évidemment, rien ne s’est vraiment passé comme je l’avais imaginé. Quant à mon arrivée à Compostelle, je l’ai vécue avec une certaine tristesse comme en se réveillant d’un beau rêve, l’impression de vide à venir, la difficulté à écrire le mot « fin » et à envisager de reprendre la routine. Frustrée j’ai passé la soirée de mon arrivée sans mon compagnon de tout le chemin  qui a passé la seule soirée avec d’autres pèlerins .J’avais visé la lune et l’avais ratée.

Mais je suis tombée « dans les étoiles ». Ces étoiles, sont tous ces instants magiques, totalement imprévus, imprévisibles, ces « providences ». Ce sont ces merveilleuses marches du Puy en Velay à Compostelle, au cœur d’une nature si diverse,  de villes riches d’un passé glorieux et de monuments somptueux ou modestes mais toujours emplis d’une  énergie  puissante. Ce sont ces rencontres, comme autant de jalons, de pierres précieuses qui ont enrichi mon cheminement en lui apportant la dimension humaine. C’est aussi et peut-être surtout ce chemin intérieur, cette réflexion sur le sens de ma quête, sur ma capacité à vivre  sans artifices (pas de maquillage, tenue vestimentaire rudimentaire, chaussures de randonnée) avec un minimum de dépenses et dans la simplicité, dépendante des éléments ; pluie, soleil, chaleur, froid…, de l’inconfort parfois.  C’est enfin cette confiance acquise au long des étapes : confiance en moi, en mon corps qui ne m’a trahit qu’une fois et le renoncement qui s’en est suivi avait un sens. Confiance en la fidélité de mon compagnon de chemin qui a toujours répondu présent ( sauf au moment qui aurait dû être le plus fort !) malgré sa vie compliquée et les barrières qu’il a dû franchir pour continuer pendant 5 ans. Confiance en l’Etre suprême qui a veillé sur moi et entretenu ma flamme. S’il peut sembler parfois que la difficulté et le découragement dominent certaines parties, c’est que inévitablement, la fatigue, les conditions météo, la nature du terrain, exigent de repousser ses propres limites pour continuer à avancer.

 

L’HISTOIRE DE LA PUBLICATION 

 

 

Chaque soir, après ce que je nomme  les rituels pèlerins, j’écrivais dans mon carnet noir : mes impressions, mes émotions, mes fatigues, mes émerveillements, mes regrets : tout ce qui avait marqué ma journée. C’était l’assurance de ne rien oublier, de ne pas mélanger les lieux, les sites, les rencontres. Consignées par écrit mes journées gardaient intact le ressenti alors que lorsque le temps sépare le temps du vécu et celui de l’écrit, il gomme et aplanit les précieuses sensations. Je m’assurais de les  garder fidèlement.

Au retour, après chaque fin de section, le plaisir  et le besoin d’écrire  m’amènent à rédiger mes notes, à les relier aux précédentes pour en faire un témoignage cohérent.

Il existe de nombreux ouvrages sur le chemin de Compostelle mais chaque expérience est unique et mérite d’être relatée. Ma quête n’est certainement pas plus originale que celle d’un ou d’une autre mais le fait d’écrire et de décrire mon cheminement me permet de faire le point par rapport à ma relation à moi-même, aux autres, à analyser rétrospectivement mes motivations, mes attentes, mes rêves et leurs limites.

Ecrire cet ouvrage c’est ouvrir son domaine privé, non pas pour l’exhiber, mais pour faire une sorte d’état de ses lieux, éclairer certains points de soi-même, y compris les plus sombres, pour mieux se connaître à travers sa relation au milieu, aux circonstances, aux autres, à ce qui compte vraiment, à sa capacité d’aller au bout de ses aspirations quitte à ne pas y trouver ce que l’on avait rêvé ( tomber dans les étoiles).

C’est repousser le risque que le temps efface, gomme toutes ces émotions, tous ces moments de joie pure, les lieux et la succession des quelques 60 étapes. Ecrire pour ne rien oublier.  Le publier, c’est  partager ses confidences, offrir modestement à ceux qui ne peuvent pas partir, une portion de ce chemin, une part de vie au-delà des conventions, du quotidien et qui sait peut-être donner envie à mes lecteurs de prendre à leur tour le bâton.

 

 

LES THEMES  ABORDES

– La spiritualité qui n’était pas au départ la priorité de ma recherche, est venue naturellement, progressivement occuper un espace large, rassurant, fondateur, une lacune qui s’est comblée au fil des étapes et de la fréquentation des lieux de culte. Elle inclut toutes les sensations de communion avec la nature, le paysage, le sentiment d’être à sa place, de lui appartenir, de la vénérer comme une déesse.

–  L’amitié, la solidarité, le partage ont jalonné mon parcours. La complicité et l’harmonie avec mon compagnon  de chemin  ont vacillé par moments, quand d’autres personnes se joignaient à nous notamment, mais sont restées une constante, un des fondements de notre cheminement. La chaleur humaine, l’accueil, variable mais le plus souvent très chaleureux m’ont permis de ressentir très profondément l’importance de cette démarche au regard des riverains du chemin et des hospitaliers bénévoles. Grâce à eux le pèlerinage garde son caractère qui le distingue d’une randonnée.

–  La vie minimaliste, le déconditionnement ont présidé à ma démarche, avec l’adaptation à l’inconfort et aux éléments : dortoirs chargés, pluie, froid, chaleur excessive en Espagne parfois, douleur et fatigue.

« Ce n’est pas le chemin qui est difficile, c’est le difficile qui est chemin ».Kierkegaard

– La richesse des rencontres et des échanges avec des pèlerins de diverses nationalités, porteurs de foi, de charisme, de volonté et de joie. Car la joie domine, l’allégresse est toujours sous-jacente. On prend le chemin par choix personnel, pour fuir certaines difficultés, pour franchir une étape douloureuse, un changement de situation sociale, pour vivre une expérience mystique ou sportive ou encore comme un passage vers un statut différent. Je pense qu’on y trouve ce qu’on recherche car je n’ai pas rencontré de pèlerins déçus, tristes et regrettant d’avoir pris le chemin. Cette étoile dans leurs yeux est bel et bien vivante et brille de l’intérieur.

De nombreux pèlerins avec qui j’ai communiqué ont déjà fait le chemin plusieurs fois, par des voies différentes ou par la même, ou alors affirment comme moi qu’ils souhaitent reprendre le bâton, comme si l’appel du chemin ne cessait de se faire entendre.

« On ne fait pas le chemin, c’est le chemin qui nous fait . » repris par Jean-Christophe Ruffin dans Immortelle randonnée Compostelle malgré moi